La lettre des membres de l’association UFAR Alumni adressée au Président de la République française

Monsieur le Président,

Nous, les alumni de l’Université française en Arménie (UFAR), avons été formés par la France, qui, par le biais de l’UFAR, investit dans la jeunesse arménienne. Cette même jeunesse qui, aujourd’hui, se fait tuer par l'Azerbaïdjan.

Depuis le 27 septembre 2020, les Arméniens font face à une agression sans précédent, lancée par les dirigeants politico-militaires de l’Azerbaïdjan avec le soutien direct de la Turquie. Cette agression a lieu en pleine pandémie de Covid-19, alors que l’Organisation des Nations Unies avait appelé à un cessez-le-feu mondial. Cette guerre s’accompagne de violations flagrantes du droit international : les forces azerbaïdjanaises prennent délibérément pour cible des établissements civils, notamment des écoles et des hôpitaux, tout en utilisant des armes proscrites par le droit international, à savoir des armes à sous munition et des munitions au phosphore. Cette guerre porte les germes d’une crise démographique, économique, sanitaire, ainsi que d'une émigration massive.

A ce jour, mille cent soixante-dix-sept de nos compatriotes dont quatre jeunes représentants de la communauté ufarienne sont tombés héroïquement au combat. Parmi les populations civiles, cette guerre a déjà fait quarante-six victimes et cent quarante et un blessés. A ce décompte funeste s’ajoute celui des vingt-quatre mille enfants actuellement privés de leur droit à l'éducation suite aux bombardements de plus de soixante-dix établissements scolaires au Karabakh.

Monsieur le Président, vous avez été le premier dirigeant étranger à dénoncer l’implication de combattants terroristes étrangers dans ce conflit et à pointer l’absence de justification aux premières frappes parties d’Azerbaïdjan le 27 septembre. Nous saisissons cette occasion pour vous remercier d’avoir fait entendre ces vérités basées sur les faits. De fait, la population pacifique de l'Arménie et du Karabakh n'avait aucune intention de faire la guerre et ne souhaite aucunement la poursuivre. Nous ne souhaitons qu’une chose : vivre et créer pacifiquement sur nos terres ancestrales. Malheureusement l’agresseur, qui a rompu à trois reprises le cessez-le-feu conclu grâce aux efforts des coprésidents du groupe de Minsk, rejette tout règlement pacifique et conjugue ses attaques avec un discours de haine envers les Arméniens.

En 1915 quand un crime terrible fut commis contre notre peuple, la France a accueilli les rescapés du génocide. Nous n’oublions pas le sauvetage par la Marine française de quatre mille quatre-vingts douze Arméniens retranchés depuis cinquante-trois jours sur le Musa Dagh. Nous n’oublions pas non plus qu’en1988, suite au tremblement de terre dévastateur qui frappa l’Arménie, la France aux côtés de Charles Aznavour s’est mobilisée pour venir en aide aux populations des zones sinistrées. Tous ces épisodes ont marqué l’histoire des relations entre nos deux peuples et nous croyons qu’une nouvelle page de l’amitié franco-arménienne est en train de s’écrire. Les collectivités locales françaises et les Arméniens de France fournissent déjà une aide humanitaire aux populations touchées par le conflit et une aide gouvernementale a été annoncée dans la presse. Nous remercions toutes les personnes mobilisées pour ce travail important.

Nous croyons fermement aux valeurs de la démocratie et aux droits de l'homme que la France défend et qui nous ont été enseignés à l’UFAR. Nous attendons à présent de la communauté internationale et de la France plus particulièrement que tout soit mis en œuvre pour empêcher que ces valeurs soient de nouveau bafouées.

Aussi, la communauté des alumni de l’UFAR vous prie,

- d’user de l’ensemble des moyens à la disposition de votre gouvernement pour mettre fin aux opérations militaires et à l’ingérence agressive de la Turquie ;

- de veiller à l’application des mesures prévues par le droit international contre les États qui utilisent des groupes terroristes et qui violent le droit humanitaire international, y compris, mais sans s'y limiter, par l’emploi de la torture et le meurtre de prisonniers de guerre, les décapitations de soldats tombés au combat (par analogie avec les pratiques de Daesh), les bombardements massifs de cibles civiles, notamment d'écoles et d'hôpitaux et l'utilisation de munitions interdites ;

- de considérer le droit à l'autodétermination du peuple du Haut-Karabakh, sur la base d'une sécession réparatrice, comme la seule garantie possible pour assurer son droit fondamental à la vie.

Enfin, Monsieur le Président, nous souhaitons vous présenter nos plus sincères condoléances à la suite des attentats qui ont frappé la France. Nos pensées sont avec les proches des victimes et avec ce peuple de France que nous aimons.

Confiants dans votre implication, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de notre très haute considération.


Les membres de l’association UFAR Alumni




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